jeudi 15 novembre 2012


Thaïlande - L'authentique

J'embarque sur le bateau de nuit pour quitter Koh Tao, des souvenirs de plongée plein la tête... Et des litres de Chang plein le bide. J'éprouve à la fois un petit pincement au cœur de quitter mes nouveaux potes et une vive excitation face au nouveau chapitre qui s'ouvre devant moi. Il est 23h et il est prévu qu'on arrive à Chumphon sur le continent à 5h. J'avais espéré pouvoir me reposer un minimum, mais malgré des couchettes confortables installées dans un grand dortoir, le bruit du bateau m'empêche de dormir et je ne parviens qu'à somnoler. 4h30, on est déjà arrivé. Il fait bien entendu toujours nuit noire et je m'affale sur un vieux transat pourri qui traine sur le port en attendant le lever du soleil à 6h. Je somnole encore une fois tant bien que mal pour finalement me résigner à m'activer à 6h30. Je suis dégommé. Après une nuit pareille, autant dire que je n'ai pas trop la patate. Il faut que je mange quelque chose. Je prends alors conscience en regardant autour de moi que j'ai débarqué dans la vraie Thaïlande, l'authentique, pas celle dans laquelle je viens de passer 3 semaines et qui s'est adaptée aux touristes occidentaux. Non, la Thaïlande profonde et rurale. C'est génial, car je vais enfin voir le "vrai" pays, mais également un peu flippant car rien n'est désormais plus fait pour m'aider. Rien. Et là, je me sens vraiment tout seul perdu dans un autre monde.

Je rassemble mes esprits et avise juste de l'autre côté de la route un petit magasin avec une dame qui fait cuire quelque chose. Je m'approche et elle soulève le couvercle de sa casserole pour me montrer une espèce de mélasse de riz avec des trucs dedans. On dirait de la colle à tapisser mal mélangée. D'accord, goûtons. Elle y ajoute alors des machins et des bazars et je me retrouve avec un joli bol de je ne sais absolument pas du tout quoi. C'est parfait. J'attaque ma pitance et, bien évidemment, c'est bon. Un peu surprenant au début car c'est pas mal poivré et s'envoyer ça si tôt au saut du transat, c'est un peu dur, mais après quelques bouchées, ça passe tout seul. Vraiment très bon, comme toujours. Je lui achète ensuite un régime de bananes et je suis fin prêt pour prendre la route. Sauf que je n'ai pas de carte routière et ne sais pas par où aller... Je sais que je dois remonter vers le nord en suivant la côte, mais cela ne m'aide pas pour l'instant car aucune route ne longe la plage et la mer est presque tout le temps cachée par la végétation. Et ici, vu le nombre de routes, chemins et sentiers, il y a bien moyen de se perdre. En fait, je me rends compte que je suis vraiment paumé. Personne ne parle un mot d'anglais et le seul truc que j'ai, c'est quelques notes prises au vol sur le numéro des routes que je dois prendre pendant les quarante premiers kilomètres jusqu’à un bled nommé Pathio. Puis, plus rien. Heureusement que les chiffres sont les mêmes que les nôtres car tout est bien sûr indiqué en thaï, dont ma maîtrise de l'alphabet comporte toujours quelques lacunes. Deuxième chance, les noms des villes sont parfois traduits en anglais sur les pancartes. Vu l'inconnu total dans lequel je débarque, ce n'est pas du luxe. Là, c'est la vraie aventure. Je démarre donc vers... Euh... Par là. Il est 7h30 et le seul réel repère que j'ai est le soleil que j'essaie de garder à ma droite. Pour le moment... Et c'est reparti sur mon vélo!


Le long de la route, plein de petites échoppes vendent diverses choses à manger. A priori, difficile de mourir de faim. La température est idéale à cette heure-ci et je parviens finalement assez bien à trouver mon chemin en repérant les numéros de route et surtout en demandant une bonne douzaine de fois confirmation aux gens en tâchant de ne pas trop écorcher les noms. Le trafic est assez léger, peu de voitures, la grande majorité des véhicules étant des scooters. Pas un seul vélo, je suis le seul.


Ainsi, après deux heures et demie, j'arrive à Pathio et n'ai maintenant plus aucune idée de la route à suivre. Je trouverai bien un moyen. En attendant, je traverse le village en vivant ce moment comme mon plus grand choc culturel, tous voyages compris. J'arpente lentement les rues en regardant autour de moi sans rien comprendre à ce qui se passe. Je suis complètement largué, incapable de dire si ce que je vois est un magasin, un restaurant, une habitation ou quoi que ce soit. Tout est en extérieur et les gens vaquent à leurs occupation en me regardant passer. Ils n'ont pas dû en voir beaucoup des comme moi dans le coin. Intrigué et amusé, tout le monde me sourit et c'est très vite l'échange que j'ai avec toute personne croisée: le sourire. Certains rient carrément en voyant me voyant débarquer à vélo. Mais si je me sens totalement décalé et paumé, je me sens avant tout le bienvenu. C'est gai.

Il est maintenant 10h et il fait très chaud. J'ai faim et me décide à m'arrêter devant ce qui me semble être un marché couvert. Une dame à scooter s'approche alors et me demande en anglais si j'ai besoin d'aide. Mais à quoi a-t-elle bien pu voir que je ne suis pas d'ici? Je bégaye, surpris et ne sachant pas trop quoi répondre. J'ai envie de lui dire: "Oh oui, j'ai besoin d'aide pour tout." Finalement je lui dis que j'aimerais savoir où je peux dormir dans les environs car vu l'allure des villages, ça va être beaucoup plus difficile à trouver que ce que j'imaginais. Elle ne sait pas et me demande où je veux aller. Je ne sais pas. Par là, au nord. Je ne l'aide pas beaucoup à m'aider et ça me gêne un peu. On tourne en rond. Elle me dit alors de la suivre, elle me mènera à la route qui suit la côte, qui est peu fréquentée et jolie. Excellente idée, c'est toujours ça de pris! Sur ce, je pense à lui dire qu'avant tout j'ai besoin de manger. "Hamburger ou riz?", me demande-t-elle. Du riz, bien sûr. Elle me scrute pendant deux secondes en réfléchissant. "OK! Suis-moi jusque chez moi, tu pourras acheter à manger." Ca y est, ça recommence. A peine remonté sur mon vélo, je rencontre à nouveau des gens gentils avec moi. C'est magique!

Je suis ainsi ma sauveuse pendant cinq minutes jusque chez elle où une échoppe et quelques bancs accueillent des gens qui mangent. C'est visiblement un petit commerce de restauration, mais je n'en suis pas plus sûr que cela. Les gens présents, habitués, famille, amis ou que sais-je, mais qui se connaissent clairement tous, me fixent, l'air de dire: "Mais d'où il sort, celui-là?" Je leur sors alors dans leur langue un des deux seuls mots que je connaisse: bonjour. L'effet est immédiat, ils me répondent avec engouement et commencent alors à me poser des questions en thaï que mon hôtesse traduit. Pendant ce temps, on me sert une assiette de riz avec une omelette. Le plat est simple et efficace. Délicieux. Je leur explique un peu mon voyage tout en mangeant et ils sont littéralement sciés qu'un gars comme moi vienne trainer à vélo dans leur campagne. Et ça les fait rire. Vu qu'on en est à parler voyage, je leur demande naïvement s'ils voyagent aussi. Et là, c'est l'éclat de rire général. "Oh non, on est né ici et on vit ici." D'ailleurs, quand je pose une question sur la ville vers laquelle je me dirige, située à 60 km, elle me répond que seul son frère y est allé une fois et pourra me répondre. Moi qui pensais demander des renseignements aux gens sur la route, me voilà fixé. Une tout autre réalité. Entretemps, je reprends un deuxième plat, j'ai vraiment la dalle. Mais le meilleur moment reste quand elle me demande si j'ai une carte routière et que je lui dis non. Ils se concertent, l'une deux enfourche son scooter et s'en va en ville pour me ramener cinq minutes plus tard un atlas routier de tout le pays. Je n'en crois pas mes yeux. Je n'aurais jamais trouvé ça tout seul ici. L'un d'eux essaie alors de me montrer la route à prendre et je réalise qu'il n'a pas dû souvent consulter de carte. Il arrive avec peine à trouver où on est. De plus, petit détail assez logique mais auquel je ne m'étais pas attendu: tout est écrit en thaï et il m'est impossible d'identifier le moindre nom de ville. Ceci dit, l'orientation des routes avec leur numéro ainsi que le dessin de la côte pourront m'aider à me situer et à m'orienter. C'est déjà ça, j'ai au moins un support. Je leur rembourse l'atlas, paie mon repas, les remercie chaleureusement pour tout et reprends la route, soulagé et n'en revenant toujours pas d'avoir une carte pratiquement tombée du ciel. Ces gens ont vraiment été très gentils et m'ont ôté une fameuse épine du pied. Très touchant.

Il fait maintenant torride, la chaleur est étouffante. Avec plus de 90% d'humidité relative, il doit faire 40 °C. Je me déverse littéralement par tous les pores, je goutte. J'ai heureusement 6 litres d'eau avec moi et j'en aurai bien besoin. De plus, le relief est bien vallonné et mon cœur pompe à toute allure tellement il fait chaud. C'est la première fois que je pédale dans des conditions pareilles et ce n'est pas facile. La route que je suis maintenant est très peu fréquentée, je suis pratiquement seul au milieu des forêts tropicales luxuriantes, parfois dépassé par un scooter ou une voiture qui s'écarte bien de moi. J'apprécie beaucoup l'attention. Je continue parfois à demander ma route aux gens et lorsque je leur sors le deuxième mot magique que je connais dans leur langue, à savoir merci, ils resplendissent et m'accompagnent jusqu'à mon vélo en me faisant de grands signes. D'autre fois, j'essaie de faire correspondre des noms que j'ai sur ma carte avec ceux inscrits sur les panneaux, mais l'alphabet est trop complexe et c'est peine perdue. Je n'identifie rien et j'ai l'impression d'essayer de faire correspondre deux pièces de puzzle. Mais j'ai beau ne pas trop savoir où je suis, me liquéfier sur place et rôtir au soleil, cette nature est magnifique et le sentiment de liberté est total. Quel bonheur! Je longe la magnifique Baie de Thung Maha où les mangroves bordent les rochers sortis de l'eau. Splendide!




Les gens que je croise me sourient tous ou me crient des "Hello!" empressés, interrompant parfois leur conversation. Certains même me le crient alors qu'ils sont dans leur maison et que je ne les ai pas vus. Des jeunes me suivent parfois en scooter pour me saluer en riant puis font demi-tour. Je les sens désireux à la fois d'avoir un contact, fût-il furtif, avec cet étranger qui passe et de profiter de l'occasion pour mettre en pratique ce seul mot d'anglais qu'ils connaissent. Cela les ravit. Et moi aussi. Malheureusement, si j'essaie de leur parler, la barrière de la langue est là et c'est impossible. Alors on rit, on se salue et je m'en vais.

Seule rencontre négative, mais assez conséquente et récurrente: les chiens. Ils pullulent. Il y en a des dizaines et des dizaines le long de la route, la plupart errants. Heureusement qu'ils sont en général à l'image de ce pays, calmes et relax, mais un petit pourcentage, ce qui au final en fait pas mal vu leur nombre très élevé, réagit tout de même comme le fait un clébard débile à la vue d'un cycliste: il me course en aboyant. J'ai jusqu'ici toujours réussi à gérer le truc et à les calmer en leur parlant doucement quand ils se rapprochent, mais c'est à chaque fois méga flippant. Le pire, c'est que dès que j'en vois un sur la route, je me dis: "Aïe! Qu'est-ce qu'il va faire?" C'est lourd. Vraiment très lourd car je me stresse à chaque fois et me dis qu'il arrivera bien un jour où l'un de ces idiots m'attrapera le mollet et me fera tomber. J'espère que je m'y habituerai car ça enlève pas mal de plaisir au parcours quand ça arrive. Et ça arrive beaucoup trop souvent. Ils s'y sont même mis une fois à trois molosses sur moi. J'ai vraiment eu les jetons et heureusement que les gens sont intervenus en gueulant pour les calmer. Fait chier.

J'avais prévu d'y aller mollo pour ma reprise à vélo, mais le manque d'infrastructures pour passer la nuit m'oblige à toujours aller plus loin et finalement, je m'arrête après 110 km. Pour une première journée, de plus sous 40 °C, je le sens passer et suis complètement lessivé à l'arrivée. Mais je n'ai pas eu le choix. Hors de question de camper sur la plage avec tous ces clebs à moitié sauvages qui rôdent et s'excitent à la tombée du jour. Je préfère encore les ours, tiens.

Le lendemain, il pleut, mais c'est agréable et rafraîchissant après l'étuve d'hier. C'est là que je croise un cycliste allemand qui vient d'Inde et va en Indonésie. C'est comique, ici, seuls en plein milieu de nulle part et on arrive à se croiser.




Je passe ainsi quatre jours à avancer le long de criques et de baies désertes et à passer la nuit dans des petits bungalows le long de plages totalement préservées et vides. Pour un sentiment de bout du monde, c'est l'idéal. Ce n'est au début pas très facile de les trouver car il y a juste une pancarte indiquant des bungalows à louer à quelques kilomètres et puis, plus rien. En fait, je passe devant sans les voir car ils sont dissimulés dans les arbres et confondus aux habitations de bois et rien ne montre qu'on est arrivé à destination. Il faut avoir l’œil.





Les routes sont dans un état impeccable, c'est vraiment remarquable. Un réel plaisir pour le vélo. Je traverse aussi des plantations de cocotiers qui, secoués par le vent, larguent parfois devant moi une noix qui s'éclate au sol dans un grand fracas. Ca aussi, c'est un nouveau truc que j'apprends très vite: ne pas trainer sous un cocotier, il y a de quoi se faire défoncer le crâne. Si Newton avait été Thaï, il ne l'aurait jamais trouvée, sa loi. Raison de plus pour porter le casque en roulant.



Au fil des jours, je trouve de plus en plus mes repères dans ce nouvel univers et les choses m'apparaissent plus familières. Je m'adapte assez vite. Pour la nourriture, je trouve toujours bien des petites échoppes où ils me font du riz avec des légumes et du poulet en ayant le sourire jusqu'aux oreilles. C'est super bon, ça cale bien et j'en prends parfois une barquette à emporter pour plus tard.



A présent, je prends le train pour terminer ma route vers Bangkok. Non seulement je veux, comme d'habitude, éviter l'enfer et les dangers du trafic à l'entrée de la ville, mais j'aimerais aussi y passer trois jours alors que mon autorisation de séjour arrive à expiration dans cinq jours. Je dois donc abréger et j'ai choisi le train de nuit qui me déposera en plein centre de Bangkok à 5h du matin. Après ces quelques jours en pleine nature, je pense que le contraste va être assez marqué. En tout cas, cette petite incursion dans la Thaïlande profonde était merveilleuse, les gens sont adorables. Vivement que j'y revienne de manière plus approfondie.



samedi 10 novembre 2012


Thaïlande - Koh Tao ou l'exploration aquatique

Et voilà! Après deux semaines de repos imposé, je peux enfin reprendre la route. En effet, après des soins quotidiens à l'hôpital, on m'a aujourd'hui ôté les points de suture (ou de soudure, comme disait Xavier) et les nouvelles sont bonnes, je peux retourner à l'eau dès demain. En plus, ces derniers soins me sont offerts, l'infirmière m'a dit que j'avais assez payé. Super sympa. Ma patience est récompensée et c'est ultra motivé que j'empaquette mes affaires. Demain, je reprends la route!

Pour la reprise de mes activités, j'ai décidé de tout de même mettre à exécution les plans que j'avais élaborés avant mon accident, à savoir me rendre sur Koh Tao pour passer mon brevet de plongée. Je suis dans le coin, autant que j'en profite, ce serait dommage de passer à côté de l'occasion. Et puis, j'ai une revanche à prendre sur la mer... Je pars donc à vélo vers l’embarcadère. Ca aussi, c'est un sacré plaisir: retrouver mes sensations sur mon vélo chargé. Après huit semaines, que c'est bon. Et je retrouve immédiatement mon sentiment de liberté si grisant. Sur le chemin, à peine démarré, je me ramasse une bonne drache bien d'ici, une qui dure deux minutes et m'envoie l'équivalent de deux seaux d'eau à la figure. Inutile de revêtir quelque vêtement imperméable, c'est tellement subit et intense qu'on est trempé avant d'avoir pu dire ouf. Je n'ai même pas eu le temps de trouver un abri que c'était terminé. Et contrairement aux pays du nord auxquels je suis habitué, ici la pluie est à 30 °C, donc pas du tout désagréable, et dès que le soleil réapparaît, on sèche en cinq minutes. Au revoir, Koh Samui. Tu ne m'as pas laissé l'occasion de bien t'explorer, mais tes coquillages et ton hôpital n'ont plus aucun secret pour moi. Ils ne manqueront pas.

Koh Tao compte une bonne quarantaine d'écoles de plongée. Cette fois, je n'ai pris aucun contact. J'ai bien compris au réponses que j'avais reçues la semaine passée que cela ne sert à rien car c'est la basse saison et je n'aurai que l'embarras du choix. On verra sur place. Et bien m'en a pris car sur le bateau, je suis abordé tour à tour par deux rabatteurs qui me vantent les mérites de leur école. Bien que ce qu'ils me proposent est exactement la même chose, si ce n'est l'emplacement de l'école qui change, la promo est bien sympathique puisqu'ils m'offrent une réduction sur le prix affiché en plus de quatre nuits gratuites en bungalow pendant tout le temps de la formation. Il y a d'office des promos pour le logement dans toutes les écoles, mais là on peut difficilement faire mieux. J'ai bien fait de venir, dis donc. Ma chance serait-elle de retour?

La difficulté est maintenant de choisir. Vu donc que le deuxième rabatteur, qui est une rabatteuse et qui a l'intelligence de rire à mes blagues, me mettant ainsi déjà à moitié dans sa poche, me propose exactement la même promo que le premier, j'essaie de marchander.

- Pourquoi j'irais chez toi?
- Parce que nous, c'est plus pro.
- Evidemment... Mais tu n'as pas un meilleur argument, par exemple en baissant le prix?
- Mais ça, c'est impossible, c'est déjà une réduction et je n'ai pas le droit. Par contre, si tu viens chez nous, je te paie une bière.


Oh le coup bas! Elle m'a eu! Et quoi, c'est écrit sur mon front?

Je la suis donc au Crystal Dive Resort, facilement appâté par la promesse d'une bière. Quelle faiblesse! Ceci dit et blagues à part, elle n'a fait que confirmer la décision que j'avais déjà plus ou moins prise, l'emplacement de cette école me convenant mieux a priori: au centre d'un petit village et loin des gros bars bruyants. Me voilà donc inscrit pour le premier niveau d'apprentissage, l'Open Water. Les cours commencent demain avec seulement de la théorie. Puis, durant les trois jours qui suivent, suite de la théorie avec examen, tests et apprentissage en piscine, deux plongées jusque maximum 12 m et enfin deux autres jusque maximum 18 m. Chouette programme!

En attendant, la demoiselle, fidèle à sa promesse et professionnelle dans l'âme, me ramène une énorme bouteille de Chang de 650 ml bien fraîche avant de disparaître. Son boulot est fait... Dommage. Je sirote donc ma délicieuse bière au bord de la plage en admirant le coucher de soleil en compagnie de deux instructeurs chinois qui m'expliquent où je devrais voyager à vélo dans leur pays. Un d'eux me lâche: "Mais il n'y a rien, juste la nature, d'immenses étendues sauvages." Et merde...

Le lendemain, je rencontre Simon qui sera mon instructeur ainsi que Maxime, mon compagnon de classe, tous deux Français. Max fait également un long voyage d'une année et a atterri ici sans l'avoir trop prévu, ce qui nous fait déjà pas mal de points en commun. On passe tout d'abord tout l'après-midi à visionner des cours sur vidéo et à répondre à des questionnaires pour contrôler ce qu'on a réussi à emmagasiner. Un peu soporifique sur la fin mais nécessaire afin de nous inculquer les principes de base de l'évolution en milieu sous-marin. C'est le deuxième jour que les choses excitantes commencent vu qu'on passe à la pratique en piscine. Quatre heures à apprendre à s'équiper et à se mouvoir dans l'eau avec tout l'attirail de l'homme-grenouille. La sensation est déjà terrible. Respirer sous l'eau. C'est très surprenant au début et un peu déstabilisant, mais je me sens très vite à mon aise et prends réellement mon pied à m'appliquer aux exercices. Il faut dire qu'être seulement à deux pour un instructeur est idéal pour l'apprentissage, d'autant plus que l'ambiance de notre trio tourne très vite à la franche camaraderie dès que Simon nous révèle le tarif pour une erreur: une bière. On se retrouve ainsi chacun à la fin de la journée avec trois bières à payer dont on s'acquitte le soir au bar. Simon, très beau joueur et avant tout grand amateur de bière, n'hésite pas à s'infliger la même pénalité lorsqu'il se trompe dans une explication. Très bon esprit. Le ton est désormais donné et le programme du soir clairement établi.

Tornade au large pendant notre entrainement en piscine.

L'après-midi est consacré à terminer les cours de théorie en enchaînant avec l'examen final que l'on réussit tous les deux haut la main. Il faut un minimum de 75 %, autant faire 100 %, c'est plus rond. Maintenant qu'on en a fini avec tout ça, la plongée proprement dite. On embarque ainsi le lendemain pour deux plongées sur deux sites différents. Après le briefing, on s'arnache, on contrôle notre équipement et puis c'est le grand saut. L'eau est à 30 °C, on la sent à peine tellement elle est chaude. Objectif: descendre à maximum 12 m, mettre en pratique quelques exercices répétés hier dans la piscine et puis mais surtout découvrir ce monde aquatique, toutes ces sensations inconnues et en prendre plein les mirettes. La première descente est assez impressionnante et je me demande si je vais vraiment savoir respirer dans l'eau et jusqu'où je vais ainsi descendre. Vais-je pouvoir m'arrêter? Mais tout est très vite sous contrôle, il suffit avant tout de rester relax. Et à ce niveau-là, je crois que je n'ai pas trop de problèmes.

Koh Nang Yuan

L'instructeur sévère...
... et les deux sages élèves
Comment décrire le spectacle? Il y a une vie incroyable ici. C'est fort de voir à quel point elle est luxuriante alors qu'on n'en voit rien à la surface. Des milliers de poissons de toutes les couleurs, des anémones, du corail, des animaux plus étranges les uns que les autres, des bernard-l'ermite énormes, des murènes, des concombres de mer et beaucoup d'autres choses. Merveilleux! Et puis la sensation... Quelle sérénité! Le temps s'arrête, on pénètre dans une autre dimension. Et on est tellement léger qu'on ne sent plus son corps. Après un peu moins de quarante minutes là-dessous, on remonte. Terrible! Une fois sur le bateau, on partage nos impressions et Max et moi sommes comblés, totalement conquis. Après une attente d'une bonne heure afin d'éviter les accidents de décompression, on replonge et cette fois, c'est encore mieux, encore plus beau. Je me sens encore mieux. De retour à la surface, je sais déjà que je n'aurai pas assez des deux plongées qu'il nous reste à faire demain. J'en veux plus et je décide immédiatement d'enchaîner sur le deuxième niveau dans deux jours. Cinq plongées en plus, ça devrait arriver me rassasier. Allez!

Le retour au port se fait au coucher du soleil et c'est tout simplement fantastique. Le ciel est en feu. Tarif de la journée: trois bières de pénalité. Trois trucs que j'ai foirés avec mon équipement. Dès qu'on remet pied à terre, immédiatement après avoir rincé et rangé le matériel, la note part se payer au bar. On ne tergiverse pas.




Le jour suivant, on plonge le matin, ce qui nous fait embarquer à 7h et c'est tôt. On descend aujourd'hui à 18 m. Les sensations et le spectacle sont toujours aussi prenants et ne font que confirmer ma décision de passer mon deuxième niveau. Non seulement j'ai toujours envie de plonger et cinq plongées en plus me permettront d'asseoir mes acquis, mais j'ai aussi très envie d'essayer de filmer et photographier sous l'eau, chose qui m'était interdite jusqu'ici. Normal en étant débutant. De plus, je serai maintenant qualifié pour plonger à 30 m, ce qui limite beaucoup moins les sites qui me seront ouverts. Me voyant signer pour la suite des cours, Max craque et décide de m'accompagner. La plongée, ça vous gagne. En attendant, on reçoit notre premier brevet qui nous autorise à plonger en palanquée à 18 m de profondeur dans la majorité des sites du monde. Grosse fête en perspective. De plus, vu qu'on n'a eu aujourd'hui aucune bière de pénitence, il faut bien compenser. Mais l'air de rien, l'idée des amendes-bières est très efficaces, car ça marque et aide à ne pas reproduire l'erreur. Et puis, la bière, c'est bon.

The beer diving crew
Le lendemain, après une matinée à se remettre de nos excès de la veille, on entame les cours pour l'Advanced Open Water. Les cinq plongées qui nous attendent sur les deux prochains jours sont en fait des introductions à cinq spécialisations dont deux sont obligatoires: la plongée profonde à 30 m et la navigation. Les trois autres disciplines qu'on a choisies sont la plongée sur épave, l'identification de poissons et la plongée de nuit. Excitant, tout ça.

Au fil des plongées, tout se passe de mieux en mieux et je me félicite d'avoir voulu persévérer. C'est tellement gratifiant. Je prends aussi énormément de plaisir à jouer au photographe sous-marin. C'est très difficile car on est toujours en mouvement et le matériel que j'ai ne me permet pas de faire de la qualité, mais c'est très agréable. J'ai quand même quelques photos et vidéos bien sympathiques. La plongée de nuit, par contre, est un peu décevante car le manque d'expérience et la faiblesse des lampes-torches ne me permettent pas d'en profiter pleinement. Je suis plutôt concentré à essayer de ne pas me prendre un frontal avec un rocher ou m'empaler sur un oursin. A refaire plus tard lorsque je serai plus aguerri. En tout cas, enchaîner 9 plongées en 4 jours, c'est vachement crevant, mais me voilà maintenant habilité à plonger à 30 m. Encore une corde de plus à mon arc. Ca déchire!

29,7 m
 












Et voilà! Finalement, mes précédentes mésaventures m'auront obligé à reconsidérer mon voyage à travers la Thaïlande et ainsi permis de vivre une merveilleuse semaine de découverte d'un monde nouveau et incomparable, qui n'était initialement pas du tout prévue au programme. Tout s'arrange toujours. A présent, je quitte dès ce soir mes nouveaux potes et les îles pour rejoindre le continent et me diriger vers Bangkok. Où, quand, comment? Je ne sais pas et c'est ça qui me motive. Mais il y a des chances que j'y retrouve Max dans quelques jours. Dans tous les cas, merci Simon pour tout ce que tu m'as appris. Bonne continuation pour la suite et qui sait, peut-être à plus tard...


dimanche 28 octobre 2012


Thaïlande - Mésaventures à Koh Samui

Après ces 5 jours de repos, je suis maintenant guéri et j'ai planifié de profiter de mon incursion imprévue dans le coin pour aller passer mon brevet de plongée sur Koh Tao, une autre île qui est réputée dans le monde pour ses sites superbes. Super, je suis emballé, chouette projet, le départ est prévu pour demain et j'ai déjà acheté mon ticket de bateau.

Mais les îles tropicales paradisiaques ont leurs pièges dangereux et pernicieux qui ne font pas de cadeaux au non-initié. Non, je ne suis pas tombé sous la coupe d'une masseuse qui me séquestre chez elle en m'ayant coincé les chevilles derrière la nuque. Non plus, je ne me suis réveillé sans souvenirs de la veille aux côtés d'un ladyboy. Non, rien de tout cela.

Juste avant la cata
Hier après-midi, je pars me baigner dans la mer. Le courant a amené des coquillages qui n'étaient pas là le matin, et le sol en est maintenant jonché. Pas évident de marcher, d'autant plus que l'eau est toute trouble. On n'y voit rien. Prudemment, mais sans réellement savoir quels sont ces obstacles douloureux que j'essaie d'éviter, je teste ma goPro en prévision du stage de plongée. En voulant me relever, je mets le pied sur un truc qui me fait mal. Réflexe, j'évite le bazar en faisant un pas de côté tout en perdant l'équilibre. C'est là que, de tout mon poids, je shoote dans quelque chose qui me fait l'effet d'une pierre. Vachement douloureux. J'inspecte en vitesse mon pied, mais je ne vois rien. Je ramasse alors à l'aveuglette un des trucs qui trainent dans le fond et je découvre un morceau de corail ou de coquillage dont un côté est aussi tranchant qu'une lame de rasoir. Ca fait vraiment peur. Je n'ai quand même pas marché là-dessus? Vu que j'ai tout de même vachement mal au pied et que ce rasoir me fout les jetons, je décide de ne plus trainer et de sortir de l'eau. Je m'assieds sur le bord pour inspecter une nouvelle fois mon pied au cas où j'aurais mal vu. Et j'avais mal vu... Car j'ai maintenant une vue plongeante sur le steak de mon gros orteil. Une entaille de 1 cm de profondeur le parcourt sur toute sa longueur. Et ça pisse le sang. C'est très laid à voir et je sais immédiatement que c'est direction l'hôpital. Je prends tout d'abord peur en voyant l'ampleur de la blessure et la profondeur de l'entaille, et l'espace d'une seconde, je veux nier l'histoire et faire semblant de rien pour fuir les ennuis et toutes les conséquences que ça aura sur mon voyage. Mais heureusement, je chasse cette idée saugrenue instiguée par la panique et reprends tout de suite mes esprits. Sans trop oser regarder à nouveau le bazar, je vais calmement mais vite rassembler mes affaires. J'ai déjà retrouvé mon sang-froid.

Je suis seul sur cette plage. Il faut que je trouve de l'aide. Tout en marquant mon chemin d'une belle trainée de sang, je sors de la plage et me dirige vers un groupe de gens en train de picoler à une terrasse et que j'avais entendus parler français plus tôt. Je leur demande de l'aide pour me conduire à l'hôpital. L'un d'eux commence à faire le mariole, genre "je sais tout et j'ai tout vécu et je suis retraité ici et je connais le coin et j'essaie de te faire peur avec mon expérience à deux balles", mais il la met très vite en veilleuse en voyant le spectacle de mon steak saignant. Je ne rigole pas. Ca leur fout même les jetons à tous. Et à moi aussi... Il ne résiste tout de même pas à me gratifier d'un bon: "Ah t'es Belge? Un vrai? Ah mais c'est pas grave. Ahahah!" Une dame thaï me fait alors un bandage de fortune, puis le mariole, qui se prénomme Xavier, me prend sur son scooter pour m'emmener à l'hosto. Sur le chemin, il me lâche: "Tu vois, la prochaine fois qu'on te dira que les Français sont des cons, tu pourras dire que non." Et là, je ne peux faire que rire. Ce type est une vraie caricature. Et il rit aussi, il est content de ses blagues. Ceci dit, il m'aide vraiment beaucoup et je lui en suis très reconnaissant. Heureusement qu'il était là. Il pousse même la gentillesse jusqu'à demander aux réceptionnistes de l'hôpital de l'appeler quand on en aura terminé avec moi afin qu'il puisse venir me rechercher. Il se retourne alors vers moi et me parle en anglais. Enfin, il essaie... Je trouve ça curieux et lui rappelle que je parle la même langue que lui. "Juste!", se souvient-il, et il enlève ses lunettes de soleil, me dévoilant ainsi pour la première fois la couleur de ses yeux: rouges et vitreux. Je me rappelle en effet qu'il picolait quand je lui ai demandé de l'aide. Il est complètement caisse.

Débarqué à l'hôpital, je suis très bien reçu et pris en charge dans la minute. Hygiène, personnel compétent et gentil, tout va bien, Xavier m'a mené à bon port. Après la piqûre d'anesthésiant, le médecin me nettoie la plaie vigoureusement puis me place cinq points de suture. Quinze minutes plus tard, mon orteil est joliment enrobé d'un pansement. Je suis soulagé, le plus important était d'être pris en charge et soigné correctement. Le médecin me dit de faire très attention car la coupure est vilainement sérieuse et sous ces latitudes tropicales, on ne rigole pas avec l'infection. Ca peut très vite prendre des proportions dramatiques si l'on n'est pas vigilant. D'ailleurs, le verdict est sans appel et fait mal. C'est le plus dur à encaisser pour moi. Je suis premièrement bombardé d'antibiotiques à raison de 4 par jour pendant une semaine. De plus, non seulement je dois garder la blessure bien sèche pendant 7 à 10 jours et éviter tout contact avec l'eau, mais je dois revenir tous les jours à l'hôpital la nettoyer et changer le pansement. Les fils me seront retirés dans une semaine. Je suis donc assigné à résidence à proximité de l’hôpital dans l'incapacité de faire quoi que ce soit. Dur pour le moral.

A la sortie de l'hôpital, Xavier est là, fidèle à sa promesse. Je monte sur son scooter avec un peu de crainte car je ne sais pas ce qu'il s'est encore enfilé depuis tout à l'heure. En plus, il me raconte qu'il s'est planté à moto il y a deux mois et que tout le monde ici roule bourré. Bon, j'aimerais quand même bien éviter d'ajouter la gamelle à scooter à l'orteil charcuté. Mais tout va bien et nous arrivons sains et saufs. Je remercie Xavier en lui offrant une bière. "Mais il ne faut pas, j'ai fait ça avec plaisir.", dit-il en me prenant la bouteille des mains. Là-dessus, il téléphone à un de ses potes à qui il raconte notre aventure: "Ouais, j'ai aidé un Belge qui s'était coupé. Non, pas un Belge des blagues belges, un vrai. Bon, j'arrive chez toi, sors le pinard." Sacré Xavier! La retraite dans le coin a du bon.

Je me retrouve maintenant seul face à mes désillusions. La Thaïlande est décidément synonyme de convalescence pour moi et se refuse à ce que je la visite. J'espère que j'en verrai quand même autre chose. En attendant, mon stage de plongée à Koh Tao, dans l'os. J'avais déjà pris les contacts et réservé, mais heureusement pas payé. Je ne peux même pas utiliser le billet de bateau que j'ai déjà acheté pour y aller, car le médecin m'a fortement conseillé, même s'il y a une clinique sur Tao, de rester ici dans les environs. Il m'a plusieurs fois répété de faire très attention. Je vais donc rester ici et retourner, du moins les premiers jours, à cet hôpital où les gens sont compétents et me connaissent. Puis on verra comment ça cicatrise et évolue. L'avantage avec une coupure pareille au bistouri, c'est qu'elle est tellement nette qu'elle ne fait pas mal. De plus, j'essaie de relativiser en me disant que ça aurait pu être bien pire. A 10 cm près, c'était ma plante de pied qui se faisait trancher ainsi que tous les tendons qui passent par là.

Cet après-midi, je retourne à l'hôpital pour mon premier curetage. Je tente le coup à vélo et ça se passe bien en pédalant avec le talon. Heureusement que je n'en ai que pour 10 minutes car la pression exercée réveille tout de même la douleur. L'observation de l'infirmière est rassurante: la blessure est belle, pas d'infection. Parfait! Continuer à bien prendre les antibiotiques et venir changer le pansement.



Voilà, le moral va beaucoup mieux maintenant. La cicatrisation a l'air d'être en bonne voie et j'ai réussi à me résigner à abandonner les plans que j'avais. Je vais voir au jour le jour comment les choses évoluent et j'aviserai en temps voulu pour la suite du voyage. Plongée, vélo, on verra ce que je peux faire et quand. En attendant, je prends mon mal en patience, encore du repos forcé. Je vais en profiter pour coder, tiens!

vendredi 26 octobre 2012


Thaïlande - Changement de monde

Le choc! Arriver à l'aéroport de Bangkok (quel merveilleux nom) en venant de Kathmandu, c'est le choc. Pourquoi? Tout simplement parce que ça sent le propre. Non pas le détergent ou le savon. Non, juste le propre. Je ne pense pas que cela m'aurait autant frappé si j'étais arrivé d'ailleurs, mais mes trois semaines au Népal ont complètement anéanti et remis à zéro tous mes capteurs d'hygiène, et la première bouffée d'air inspirée dans le terminal me ravit. J'avais oublié comment c'était. C'est fou, les capacités d'adaptation du corps humain. Le sol brille, les toilettes blinquent. On mangerait à terre.

Passage au contrôle des passeports pour l'obtention de mon permis de séjour de 30 jours. En tant que Belge, j'y ai théoriquement droit sur simple présentation d'un billet de retour que je n'ai bien entendu pas. J'ai donc prévu le coup en imprimant une pré-réservation de train vers le Laos pour "prouver" que j'ai bien l'intention de quitter le pays, mais l'officier ne me pose aucune question, le passeport européen fait visiblement office de passe-partout. Parfait! Bienvenue en Thaïlande.

Je sors de l'aéroport et là, deuxième claque: la température et l'humidité. Non seulement il fait très chaud, mais l'atmosphère est complètement détrempée. On est en fin de mousson et les cultures sont toujours inondées. Je prends un taxi qui m'amène à l'hôtel où la chambre qui m'accueille est super propre mais surtout une étuve. Je suis trempé, je goutte, mais ça ne m'empêche pas de m'endormir tellement je suis claqué. Les draps sont blancs et propres. Que c'est bon.

Demain, je reprends l'avion vers les îles. J'ai en effet décidé avant mon départ du Népal de changer en dernière minute la suite de mes plans qui étaient de partir directement de Bangkok à vélo vers les montagnes du nord pour rejoindre le Laos. Mais durant les derniers jours à Kathmandu, j'ai attrapé un gros cathar qui m'a bien affaibli et après ces 12 jours de trek enchaînés sur mes 3 mois à vélo, j'ai besoin de repos et de me retaper avant de reprendre la route sur ma bicyclette. J'aimerais pouvoir continuer mon aventure, mais il est indispensable que je me refasse une santé avant d'aller plus loin. Décision difficile mais nécessaire. Je vais donc aller me la couler douce dans les îles pendant 5 jours, à Koh Samui que j'ai choisie sur les conseils avisés de ma consultante en Thaïlande attitrée.

Koh Samui

Départ donc pour Koh Samui. Je récupère mon vélo à la consigne de l'aéroport où je l'ai laissé hier pour la modique somme de 100 baht (2,5 euros). J'ai cru que j'avais mal lu. Ensuite, je dois à nouveau peser mon vélo, mais cette fois, aux tarifs thaïs, je m'en sors avec 27 euros. Ca, c'est bien!

L'aéroport de Koh Samui ne compte pas de bâtiment, juste quelques pagodes. Super mignon et très peinard. Je me rends à Fishermen Village sur Bophut Beach où je vais séjourner quelque temps. Mon hôtel est petit, sympa, joli, propre et retiré. Ici, les gros mois pluvieux sont octobre et novembre. Je suis en plein dedans. Le ciel est très chargé, il douche pas mal, ce qui implique qu'il y a très peu de touristes. Les restos et bars sont presque vides. Je voulais de la tranquillité, je l'ai et la pluie me dissuade d'en faire trop. Repos forcé. Sous une température constante avoisinant les 30 °C, ça reste agréable même lorsqu'il drache. Mais j'espère tout de même que le temps va parfois un peu s'éclaircir afin de me permettre de profiter des lieux et des couleurs idylliques, qui pour le moment sont plutôt tristounettes. Me voilà assigné à résidence.




Après deux longues journées d'inactivité imposées par la pluie presque incessante et qui feraient pâlir d'envie un chômeur longue durée, le soleil et le ciel se montrent enfin. Ca fait du bien car, bien que ce soit ce dont j'avais besoin pour récupérer, l'inactivité commençait à me miner. Rester seul cloîtré à ne rien pouvoir faire, c'est dur. Au moins maintenant je vais pouvoir faire un tour dans les environs et voir ces paysages sous les couleurs qu'on en attend. Le moment est donc venu de sortir mon vélo de sa caisse et de le remettre en état. Ton hibernation a pris fin, mon coco.

Je pars ainsi faire un tour pépère le long des plages avoisinantes. Je suis le seul à vélo, tout le monde roule à scooter ici. Sur le chemin, je m'arrête à un endroit de culte où trône en hauteur un immense Bouddha doré. C'est comique et carrément kitsch. On dirait un jouet, d'autant plus qu'il arbore un petit sourire un peu béat, un peu à la Playmobil. 





Plus tard, j'arrive sur la plage réputée la plus belle de l'île. Pas de doute, le soleil est bien là et éclaire la mer de ses rayons, faisant ressortir les tons turquoise et émeraude de l'eau. Avec le sable blanc, c'est superbe. C'est la première fois que je vois des paysages pareils. Malheureusement, qui dit plus belle plage, dit plus touristique. Je me rends compte que j'ai en effet bien choisi sans le savoir mon petit village retiré car ici dès qu'on s'éloigne de la plage, ce n'est que clubs de vacances, hôtels et restos "Hier sprechen wir Deutsch!" Assez peu pittoresque. D'ailleurs, heureusement que c'est la basse saison car j'imagine l'horreur que doit être cette magnifique plage recouverte de gens qui font la crêpe. Il y a donc actuellement très peu de monde mais je suis toutefois étonné de voir le nombre d'Occidentaux. Vraiment beaucoup.




Après avoir avalé de délicieuses nouilles aux fruits de mer, je me laisse tenter par un fameux massage thaï. Plusieurs petits huttes sont installées directement sur la plage et de jolies poupées souriantes alpaguent le chaland en criant "Thaï massaaaaaaage?" Je ne sais pas du tout à quoi m'attendre mais la réputation qu'ils ont est suffisante pour titiller ma curiosité et je me lance. 

"You not sleep? You not cool?" Euh... Je crois que si, mais là, tu es en train de me marcher dessus, ma jolie. Et ainsi, la demoiselle, au passage très mignonne, se promène sur moi des pieds aux épaules. C'est étrangement à la fois un peu douloureux et détendant. Très agréable. Elle me fait également craquer les vertèbres, le bassin, les orteils, les mains et les doigts. Elle me retourne dans tous les sens comme un pantin et crac! Mais le meilleur reste à venir. Enfin quelqu'un capable de masser suffisamment fort mes jambes pour que je le sente. Quelle force dans les mains! Elle triture mes cuisses et mes mollets avec une aisance remarquable. Gros muscles ou pas, rien ne lui résiste. Ca fait même parfois mal, mais elle s'arrête à la limite où la douleur est supportable. Tiens, un coup de poing dans la cuisse, une claque sur les oreilles et une fessée. C'est très surprenant et à chaque fois qu'elle fait un truc de ce genre, j'ai envie de rire mais j'en sens immédiatement le bénéfice. La séance dure pas moins d'une heure et j'en sors complètement détendu et relâché. Mieux que l'ostéo! Une vraie pro! Et je pense qu'elle doit avoir d'autres champs d'activité un peu plus sensuels auxquels elle a tenté de me joindre. Mais bien entendu, je n'ai pas saisi où elle voulait en venir, répondant naïvement à ses questions qui tournaient autour des jolies filles comme elle et ainsi de suite. Pas facile de garder les idées claires quand une poupée te fixe avec insistance dans les yeux tout en te tordant la cheville. Ce n'est que quand j'ai cru comprendre et qu'elle a vu l'illumination dans mes yeux qu'elle a bien capté que je débarquais de ma planète. Elle a eu un geste et un regard qui voulaient dire: "C'est pas grave, laisse tomber."  Du côté du gars qui se faisait masser juste à côté de moi, ça causait plutôt ladyboy, c'est ce qui m'a mis sur la voie. Pépé subtilité.






Ce soir, c'est marché dans ma rue et c'est avec joie que je constate qu'il y a plein de Thaïs qui l'arpentent. Ce n'est donc pas juste un truc à touristes. Je me jette dans la foule où je suis très vite attiré par les stands bouffe. Je n'ai pas encore faim mais ce festival d'odeurs et de couleurs est un régal pour les yeux et les narines et a vite fait de me mettre l'eau à la bouche. Dans mon esprit, les choses sont claires: essayer le plus de trucs improbables possible. J'achète pas moins de quatre mets différents sans avoir le moindre soupçon d'idée si c'est une pâtisserie, une confiserie ou un plat. Je suis comblé. L'aventure culinaire commence et j'attaque mes trésors. Au goût, à part les gâteaux de poisson au curry, il m'est toujours impossible de deviner ce que je mâche. Il y a des trucs qui ressemblent à des patates (mais si ça tombe, ce sont des fruits) avec du sucre et des graines jaunes. Un autre a l'air d'être de la banane avec de la noix de coco. Et le dernier truc, que j'ai réussi à me faire expliquer à l'hôtel, est de la gélatine de riz avec de la coco et du maïs. Tous ces mets sont très différents les uns des autres tout en ayant un point commun: ils sont succulents. Et les friandises sucrées ne sont même pas écœurantes. Je suis complètement repu et heureux de ces découvertes. Et j'en connais une qui doit baver en lisant tout ça...