dimanche 16 décembre 2012


Laos - Des 4000 îles au plateau des Bolovens

Objectif du jour: Stung Treng
Je continue mon petit bonhomme de chemin vers le Laos pendant trois jours durant lesquels je m'enfile une étape de 150 km. 10h30 de route dont 8h20 à pédaler. Sachant à quoi m'attendre car j'avais lu le récit d'autres cyclistes qui l'avaient déjà faite, je m'étais bien préparé mentalement à l'épreuve et avais essayé de mettre toutes les chances de mon côté en me reposant bien la veille, c'est-à-dire en ne pédalant que deux heures le matin et en passant tout mon après-midi dans ma chambre. Je suis donc parti au lever du soleil après avoir acheté au marché plusieurs trucs à grignoter ainsi que beaucoup d'eau. Et faire ça sous 35 à 40 °C, ça ne facilite pas les choses. De plus, le temps m'était compté car les journées sont plutôt courtes, mais je m'étais tellement bien motivé que j'ai rempli le contrat en arrivant à destination juste au coucher du soleil. C'est parfait. Une bonne petite journée de boulot.

Le lendemain de cette étape, il est prévu que je passe la frontière laotienne. Et bien entendu, les efforts de la veille se font ressentir et c'est dur, d'autant plus que j'ai tout de même 90 km à faire. La route est toujours aussi sympathique bien que je me sois éloigné du Mékong et ne le longe plus à proprement parler. Mais la région, très sauvage, offre des paysages de forêts qui sont un ravissement pour mon œil en comparaison à la platitude monotone à laquelle il avait dû se résigner avant de parcourir cette région. Je commence même à voir des collines. J'avais presque oublié comment c'était. C'est là que je croise coup sur coup trois groupes de cyclistes alors que je n'en ai pas encore vu dans ce pays. C'est marrant. Il y a un couple d'Anglais, un Japonais et un couple de retraités hollandais. Ca me fait du bien de papoter un brin avec eux. Une belle illustration de la relativité des choses est qu'ils me disent tous détester cette route chiante et monotone alors que je l'apprécie vraiment. Ils viennent du nord montagneux et se dirigent vers les plaines alors que c'est l'inverse pour moi. Et ça fait toute la différence. Sans vouloir trop jouer à l'oiseau de mauvais augure, je les préviens tout de même que s'ils trouvent la route emmerdante à ce niveau-ci, il ne sont pas au bout de leurs peines car cela ne va pas aller en s'améliorant. Par contre pour moi, ça a l'air tout bon!


J'arrive enfin à la frontière après pas loin de 400 km en quatre jours. Mission accomplie. Ce fut difficile mais à la foi très gratifiant et à ce stade, le besoin de repos commence à bien se faire sentir. Courage, il m'en reste 20 à avaler, mais surtout et avant tout le passage de frontière avec son cirque de corruption habituel. C'est lourd. D'autant plus que le gars se la joue non pas "Veuillez payer ceci et cela, monsieur. Bienvenue chez nous et merci de venir dépenser votre argent ici." mais plutôt en tirant la gueule d'un air tout-puissant qui exprime son généreux consentement à me laisser pénétrer dans son pays. N'ayant pas envie de me battre seul contre une montagne, je fais profil bas afin d'écourter au plus ce moment désagréable, d'éviter les emmerdes et de perdre du temps, ce qui fait bien entendu partie de leur cinéma pour te faire plier à cracher les "pourboires" sans la ramener. Puis, je remonte en vitesse sur mon vélo, le plaisir d'entrer au Laos quelque peu gâché par cet abruti. Allez, vite me barrer d'ici et pédaler pour faire sortir tout ça!

J'arrive enfin à un petit port sur le bord du Mékong où je prends un ferry, ou plutôt une espèce de pirogue à moteur, afin de me rendre sur Don Det, une île faisant partie du site nommé les 4000 îles. Le fleuve se sépare en effet à cet endroit-ci en de multiples bras qui forment des milliers d'îles, la plupart minuscules et d'autres habitées. Don Det fait partie de ces dernières et est réputée pour être la plus baroudeur, d'où mon choix. Elle a aussi la réputation d'être la plus fête, mais je constate avec plaisir que malgré l'aménagement très touristique sous forme de bungalows qui s'enchaînent sur la côte, la fréquentation est très faible. Il n'y a pas grand monde et c'est super calme. Je suis bien tombé. Ceci dit, on constate aisément à certains chantiers que le tourisme de destruction massive est en train de se développer de manière assez fulgurante et je ne donne pas cher de l'aspect pittoresque et idyllique de l'île dans quelques années. En attendant, j'y suis bien et après avoir établi mon camp de base dans un bungalow, je vais admirer le splendide coucher de soleil en compagnie d'une grande bouteille de Beerlao qui, suite à ces derniers jours éprouvants, me met la tronche à l'envers en deux temps trois mouvements. Je suis déglingué. Et tellement content d'être ici.









Le lendemain, après avoir passé toute la matinée dans mon pieu, je me prépare pour aller me balader à vélo autour de l'île ainsi que sur sa voisine à laquelle elle est reliée par un petit pont, Don Khon. Mais les dieux du vélo en décideront autrement. Au moment de partir, je constate que j'ai un pneu plat, crevé par une grosse punaise. Je répare et les efforts auront été suffisants pour la journée car je me sens complètement vidé. Il faut définitivement que je ne foute rien à par me reposer aujourd'hui et ce signe des dieux est éloquent. "Tu ne pédaleras point aujourd'hui. Dans un hamac ton cul tu poseras et une Beerlao tu siroteras." Je m'incline. Faut pas déconner avec ça. Journée glandouille et c'est exactement ce qu'il me fallait. 

Le jour suivant, je me sens déjà bien plus requinqué, il est tôt et je pars pour l'excursion agréablement manquée d'hier sur Don Khon. Un des attraits de ces îles est également leurs chutes d'eaux et c'est là que je me dirige en premier lieu. Le Mékong, sur ce passage, est encombré de rochers, ce qui crée ces chutes. C'est très joli et étendu sur toute la largeur du fleuve. 




Ensuite, après avoir englouti un délicieux jus de canne à sucre pressé en direct, je reprends ma route vers le sud de l'île où le Mékong redevient très plat et calme tel un lac. L'endroit est habité par 9 dauphins d'eau douce, espèce en voie de disparition il va sans dire. Des bateliers proposent des balades d'une heure afin de les approcher et, avec de la chance, de les voir. La vue surplombant le fleuve est déjà très belle et je scrute les flots en espérant les apercevoir. Je ne suis pas tenté par la balade en bateau seul, mais je vois une autre personne seule en train de revêtir son gilet de sauvetage. Je m'approche d'elle et lui propose de partager l'excursion et les frais avec moi. Marché conclu, nous voilà partis pour une chouette et jolie balade entre les îlots durant laquelle on a la chance de voir à quelque deux ou trois cents mètres plusieurs dauphins. Très sympa. Par contre, il est 12h30, et à cette heure-là en plein milieu de la flotte, je me sens cuire comme si j'étais assis sur une grille de barbecue.




Ravi de ma visite de Don Khon, je remonte maintenant sur ma bécane et retourne sur mes pas jusque Don Det. Pour le reste de la journée, j'ai l'intention de reprendre ma route vers le nord, mais gentiment et en passant d'île en île plutôt qu'en retournant prendre la route. J'avise un petit bac composé de deux pirogues maintenues ensemble par des planches sur lesquelles on peut se tenir debout. Aucun problème donc pour y mettre mon vélo. Je traverse ainsi les 200 m de bras de fleuve qui me séparent de Don Som sur laquelle je prends pied quelques minutes plus tard. Ce mode de transport entre îles est super sympa et exotique. J'adore.

Ici, fini le tourisme. Rien, que des petits villages. Il n'y a même pas de chemin, rien qu'un petit sentier. C'est génial. C'est ce que j'appelle une vraie traversée d'île, au milieu des buffles qui trempent dans les marais, des fermiers dans leurs champs et des enfants qui me saluent. C'est tellement retiré de tout que j'arrive à me paumer plusieurs fois, mais après une heure et demie de pur plaisir, j'arrive à l'autre bout de l'île pour prendre un autre bac qui me dépose cette fois sur Don Khong. C'est la plus grosse île et également la plus développée. Mon passage ici ne sera que pour la nuit. Après les îles que j'ai traversées aujourd'hui, je pense avoir vu ce qu'il y avait de plus pittoresque et celle-ci ne m'intéresse pas. Demain à la première heure, je saute sur le ferry qui me ramènera sur le continent. Ces deux jours plus relax dans les îles m'ont bien retapé et je peux reprendre ma route. C'était très beau et très serein. 




C'est par où?

A présent, je me dirige vers les plateau des Bolovens, réputé pour ses chutes d'eau, ses plantations de café et son climat plus frais. Enfin du vrai relief et un peu d'ascension. Bon... Quand je dis un peu d'ascension, il est tout de même situé à une altitude de 1300 m que je vais devoir grimper d'une traite, et sous ce climat, ça ne risque pas d'être de la tarte. C'est au pied de la côte que je rencontre deux cyclistes américains, Brandon et Foosie, qui ont plus ou moins suivi la même route que moi depuis Bangkok. On papote un peu, puis on reprend la route, on a du boulot qui nous attend. Et j'en chie pas mal. Le gros handicap pour moi, c'est que j'ai déjà 45 km dans les pattes au début de la côte. Heureusement que le gradient est faible, mais du coup, c'est vachement long et il me faut 5 h pour arriver en haut à Paksong où je retrouve les deux Américains. Je suis fourbu, content d'y être arrivé et j'ai la dalle. On part donc manger ensemble, ce qui nous permet de faire plus ample connaissance. Que c'est bon de parler à des gens! Je me rends compte à quel point j'ai été seul ces dernières semaines car je ne peux pas m'arrêter de parler et ça me fait un bien fou. En fait, c'est ma première réelle compagnie depuis Max à Bangkok. On mange, on rit, on se raconte nos aventures et le courant passe immédiatement super bien. Brandon est un cycliste acharné et a déjà parcouru l'Italie à vélo, alors que c'est le premier voyage de ce type pour Foosie. Je leur raconte mon précédent voyage en Amérique du Nord car Brandon est un fan des régions que j'ai traversées et aimerait beaucoup faire la même chose. Leur expérience du Cambodge est très similaire à la mienne pour ce qui est des difficultés et désillusions à vélo et ils ont également décidé d'abréger leur séjour dans ce pays. Autre point qui nous rapproche, Brandon adore la Chimay. Venir au Laos et rencontrer un gars du Kentucky dont la bière préférée est la Chimay et qui a une bonne connaissance des trappistes, c'est pas beau ça?


Le climat ici est en effet bien plus frais que dans les terres tropicales et humides du bas que je viens de quitter. Je dois même mettre mon pull en soirée. Ca fait du bien après toutes ces nuits à 30 °C, obligé de brancher le ventilateur pour ne pas se retrouver trempé en cinq minutes. Ca change. C'est chouette. Le lendemain, c'est le jour de récompense après l'ascension. En effet, l'étape est presque continuellement en descente légère sur 60 km. Vu que mes deux nouveaux compagnons suivent la même route que moi, on fait l'étape ensemble. C'est super agréable et magnifique.






On arrive ainsi en soirée aux chutes d'eau de Tad Lo autour desquelles un petit village paisible accueille les quelques touristes qui s'aventurent ici. C'est splendide. Une vraie oasis de fraîcheur. Mes deux potes ont l'intention de rester ici la journée de demain pour profiter des lieux et aller se promener dans les environs. Ils m'incitent à faire la même chose et je saute sur l'occasion, bien trop heureux de rester en leur compagnie pour explorer les environs. On s'est également assez vite découvert un autre point commun: la haine pour les chiens bêtes et méchants qui nous coursent quand on pédale. Ca nous fait bien rire et c'est la base de pas mal de blagues entre nous.



Enfant pêchant à la mouche
Durant cette journée sur place, on prend nos vélos pour monter tout en haut d'une cascade vertigineuse. Du moins, elle l'était avant que les gens ne dévient le cours de la rivière vers une centrale hydroélectrique et qu'elle se transforme en pipi d'oiseau. Ceci dit, le paysage reste magnifique à cette hauteur et on y prend bien notre temps.










Après cette journée, nous reprenons la route ensemble durant encore trois jours en remontant toujours vers le nord. Puis, vient le moment de la séparation. En effet, le temps est maintenant venu pour moi de prendre un bus pour Huê, au Vietnam, d'où je prendrai un train pour Da Nang et ensuite un avion pour Hô-Chi-Minh-Ville où j'accueillerai Poup dans trois jours. Ce sera alors le début de trois super semaines de vacances qui tombent à point nommé car une grosse pause s'impose après ces six mois de voyage intense. Je suis claqué et ai hâte de passer quelque temps en mode relax, sans vélo histoire de bien me retaper, et de plus en compagnie de ma super pote de toujours, Sophie, alias Poupée. Ca va être terrible!

Foosie et Brandon
En attendant, Foosie et Brandon, merci d'avoir partagé la route avec moi durant ces 6 jours. C'était génial, une très belle et inoubliable manière de terminer ce périple-ci. J'espère qu'on se reverra et je vous promets de manger du chien au Vietnam à votre santé. Leur blog est à cette adresse http://rackandtours.com et il y a un chouette commentaire sur notre rencontre. A plus, les amis!


dimanche 2 décembre 2012


Cambodge - Direction Laos

Cela fait maintenant deux jours que j'ai quitté Siem Reap et que je roule sur la nationale en direction de Phnom Penh, la capitale, et, disons-le sans ambages, c'est tout bonnement insupportable. Cette route est abominable. J'y avais déjà passé trois jours entre la frontière et Siem Reap, mais à ce moment-là, j'étais plus focalisé pour tenir le coup entre mes accès de nausée et mes chutes de tension (souvenez-vous, ce mystérieux virus que la Thaïlande m'avait offert avant de la quitter) qu'à faire attention à la route. Mais maintenant que je suis bien retapé, mon esprit et mon corps peuvent être tout entiers consacrés à la contemplation du paysage... Qui est inexistant. Tout d'abord, la route est mortellement plate et droite. Aucune colline, aucun relief, aucun virage. Rien. De plus, les villages s'enchaînent interminablement en s'agglutinant le long de la route, n'offrant rien d'autre à la vue que des maisons s'enfilant comme les grains d'un chapelet, parfois séparées par des étendues inondées. Totalement lassant et monotone. Même pas de quoi prendre une photo. Mais le pompon, c'est le trafic. Vu que c'est la seule route qui traverse le pays, il est infernal et les gens conduisent comme des cochons.

En résumé, je suis sur mon vélo en train d'avaler bêtement les kilomètres sur une route des plus déprimantes qui soit, avec rien à voir et sans cesse dépassé par des chauffards qui me klaxonnent dans les oreilles en me frôlant dangereusement. C'est tout sauf agréable et je n'y prends vraiment aucun plaisir. Je pense que cette route remporte la palme de la plus emmerdante que j'ai empruntée lors de tous mes voyages à vélo. Il faut que j'arrête avant que ça ne devienne un supplice et que mon mental ne jette l'éponge, surtout que le soleil torride qui tape n'aide pas à se rafraîchir les idées. C'est vraiment dur. J'arrive donc à Kampong Thom après 150 km de pur bonheur et clairement décidé à prendre un bus pour parcourir les 200 km qui restent pour rallier Phnom Penh.

Je me dégotte donc le lendemain un mini-van bondé à craquer de Cambodgiens qui accepte de m'emmener avec mon vélo attaché à l'arrière. C'est comique. Du vrai, du folklorique. Je suis content d'avoir pris cette décision, ne fût-ce que pour l'expérience, assez inconfortable soit, mais plutôt sympathique. Ce type de transport, organisé par des privés tout sauf officiels, est très en vogue ici et sert aux gens à se déplacer sur de longues distances tout en transportant leurs effets personnels, qui vont de tout à n'importe quoi. Il y en a même qui transportent leur vélo, dis donc. Pendant le trajet, le chauffeur nous offre le luxe d'une petit télé qui beugle en diffusant en boucle une alternance de clips musicaux à deux balles sous-titrés en khmer pour du karaoké dans lesquels une poupée, visiblement star nationale que tout le monde adore, pleure toutes les larmes de son corps son amour perdu, et des passages d'une merveilleuse production cinématographique que mes compagnons regardent, bouche bée et tendus comme des strings par le suspense insoutenable, j'ai nommé l'incontournable Sharktopus (cliquez sur le lien, c'est de la balle).

Plus on avance, plus la route est défoncée et en travaux et plus le trafic est infernal. A m'imaginer pédaler là-dedans, j'en suis encore plus satisfait d'avoir décidé de raccrocher mon bexon pour poser mes fesses dans ce mini-van. Ainsi, après 5 heures de conduite effrénée à se frayer un chemin à coups de klaxon entre les autres véhicules et en rebondissant dans tous les trous dans un nuage de poussière, le chauffeur nous dépose en plein centre de la capitale au crépuscule. Je me trouve immédiatement une guesthouse où je me pose.

J'avais pensé passer un mois dans ce pays en attendant d'aller rejoindre Poup au Vietnam le 17 décembre, mais je me rends compte, après y avoir déjà passé 10 jours, que c'est beaucoup trop. Il me reste deux semaines et demie avant de pouvoir entrer au Vietnam et le maigre réseau routier cambodgien n'offre pas énormément de possibilités de sillonner le pays allègrement à vélo pendant tout ce temps. Du moins à mes yeux, car bouffer de l'asphalte et de la poussière dans les conditions décrites ci-dessus, je pourrais encore le faire, mais non merci, j'ai donné et bien tenté l'expérience. Il y aurait bien les routes secondaires, mais aucune carte n'existe les recensant sérieusement et pas moyen de savoir où elles sont ni où elles vont exactement. Je pense alors d'abord à me diriger vers la côte, mais abandonne assez vite l'idée car j'ai besoin de bouger, de voir de la nature, et non d'aller me les rouler dans le sable blanc pendant deux semaines. Il me reste donc une possibilité: aller voir ce qui se passe au Laos. Suite à mes changements de plans imposés par ma convalescence en Thaïlande, j'avais remisé le Laos de côté pour plus tard, mais vu les circonstances actuelles, il se rappelle finalement à moi plus tôt que prévu. D'après mes renseignements, les routes sont très peu fréquentées là-bas et les paysages bien plus intéressants. De plus, et pour ne rien gâcher, la route cambodgienne qui mène au Laos traverse la région la plus sauvage du pays, également peu fréquentée, tout en remontant le Mékong. Tout cela n'est qu'hypothèses mais me dresse un portrait assez engageant de la chose et je décide donc très vite de tenter le coup et de bifurquer vers le nord, direction le Laos. J'ai soif de vélo en pleine nature et j'espère que je pourrai l'exercer là-bas. Et puis, je pourrai toujours essayer de prendre des bus pour faire certaines parties si ça me chante. De toute façon, il faut que je bouge et que j'aille ailleurs.

Et j'ai tellement besoin de bouger que je ne prends même pas la peine de visiter Phnom Penh et décide de quitter la ville dès le lendemain de mon arrivée. Je pourrais y passer un ou deux jours à visiter les quelques monuments et temples qui s'y dressent, tant que j'y suis, mais cela raccourcirait par la même occasion mon temps disponible au Laos. Je dois donc prendre une décision. Et puis, les villes avec leur cohue bordélique, ce n'est pas ce qu'il me faut pour le moment. C'est tout décidé. J'essaie donc de choper à nouveau un bus afin de sortir de la ville et de me rapprocher du nord en me rendant directement à Kampong Cham, dernière grosse ville avant les contrées plus rurales. Du moins, c'est là-dessus que je compte. Malheureusement, les lignes de bus régulières chicanent avec mon vélo en me prétendant qu'il est trop grand pour le transporter. Ah, cette mauvaise foi qu'on rencontre particulièrement dans les villes face aux officiels qui n'ont pas très envie de t'aider dès que tu leur demandes un truc qui sort des sentiers battus. Comme à la gare des trains de Bangkok, on me laisse tremper dans ma merde sans aucun scrupule ni envie de m'aider. "T'as qu'à revendre ton vélo.", qu'on me dit. Ben tiens, la bonne idée que voilà. Sur ce, un conducteur de tuk-tuk qui trainait par là, toujours aux aguets d'un client potentiel, entend la conversation et vient, dans un excellent anglais, me demander ce que je veux. Je lui explique mon plan et mon problème de vélo dans le bus. Qu'à cela ne tienne, il a un pote qui a un cousin qui un pote qui a une "compagnie", et on peut arranger ça. "Viens, suis moi." Je n'ai rien à perdre, il m'a l'air bien sympathique et a surtout le désir inestimable de vouloir m'aider, ce qui fait que je suis son tuk-tuk dans les rues de la ville, slalomant à son exemple entre les voitures et les motos. Il m'amène ainsi devant un mini-van pareil à celui d'hier, rempli à craquer de Cambodgiens et bien disposé à m'emmener avec mon vélo jusque Kampong Cham. C'est bizarre, plus le bus est petit, moins les gens ont de problèmes de place et d'encombrement. Il y a toujours bien moyen de caser un truc. C'est parfait pour moi et j'embarque pour un deuxième tour de manège sur la route défoncée et poussiéreuse, assis au milieu de mes compagnons et de sacs de riz. Ces gens conduisent vraiment comme des chauffards. Quand je pense qu'il suffirait de leur enlever le klaxon pour les obliger à conduire un peu plus prudemment. Ca me fait rêver d'un monde meilleur où tout le monde serait calme et fair play sur la route. Le pire, c'est qu'ils arrivent tous à dormir autour de moi, avec leur tête qui ballotte dans tous les sens au rythme des trous dans la route.

Après trois heures de rallye, arrivée à Kampong Cham. Première constatation: durant mes jours de vélo sur la nationale infernale, non seulement il n'y avait pas matière à prendre de photos, mais j'ai tout de même réussi à semer mes deux batteries de rechange sur la route. Fait chier, il faudra que je fasse gaffe maintenant. En tout cas, c'est clair, il fallait vraiment que je parte de là. Je me rends ainsi le long du fameux Mékong afin d'y trouver une guesthouse pour la nuit et sa vue me ravit immédiatement. C'est beau, tranquille, serein et le soleil couchant colore superbement le tout. Allez, c'est bien parti, tout ça!

 


Le lendemain, je me lève à l'aube, fermement déterminé à aller engloutir du kilomètre sur les petits chemins qui remontent le Mékong. J'ai à peu près 90 bornes pour rejoindre le prochain bled où je pourrai trouver de quoi dormir et je veux profiter le plus possible des heures matinales les moins torrides. Pour cela, quoi de mieux qu'un magnifique lever de soleil pour commencer la journée. C'est juste... Waow!


Après avoir fait le plein de flotte, je traverse le pont pour aller chercher la route sur la rive est. Je sais que c'est un chemin de terre et j'ai du mal à le trouver. Finalement, je m'engage sur un sentier qui est de plus en plus impraticable, témoignant de la fin récente de la mousson en étant toujours inondé par endroits et m'obligeant à patauger dans la gadoue. Cinq kilomètres comme ça et je suis dégueulasse. Je commence à douter de ma route car je ne me vois pas parcourir 90 bornes de la sorte, d'autant plus que le chemin ressemble de plus en plus à un sentier pour vaches pour disparaître presque complètement un peu plus loin. Me serais peut-être bien gouré, moi ici. J'avise un vieux fermier et lui signifie mon désir de continuer en lui pointant la direction du doigt. Il me montre alors un fossé rempli d'eau, ladite direction, fait un X avec les bras puis met la main en travers de sa jambe à mi-cuisse. Je ne parle pas khmer, mais ça me paraît plutôt vachement clair: à moins que je ne veuille exercer mes nouveaux talents de plongeur sur mon vélo, je dois rebrousser chemin. Merci monsieur. Moi qui voulais de l'aventure, me voilà servi.

Une heure plus tard, je suis de retour à la case départ avec en bonus 20 km de sentier boueux dans les guibolles. Heureusement que j'avais prévu un départ tôt afin d'arriver en début d'après-midi, cela m'aura au moins laissé de la marge pour pouvoir me planter de route car j'ai toujours assez de temps. Il est maintenant 9h, il fait déjà pétant de chaud et je tombe sur un homme parlant anglais qui m'explique que non, la rive est, il faut l'éviter. Je l'ai vu à mes dépens. Il faut prendre la rive ouest sur une route goudronnée pendant 20 km, puis une route de terre pendant 10 km, puis on embarque sur un ferry pour traverser le Mékong, et seulement là on peut continuer sur la rive est. Fort de ces renseignements valant de l'or, je reprends ma route, du bon côté cette fois.

Et c'est du pur plaisir. Je parcours une petite route de campagne toute calme en longeant des villages charmants et des plantations dans lesquelles les gens travaillent. Enfin! J'ai enfin le sentiment profond de parcourir le Cambodge avec sa nature et ses scènes de vie. Je suis ravi et accompagné tout le long par les "Hello!" des nombreux enfants qui sortent de partout. Il n'y a pas à dire, les gens d'ici ont bien entrepris le repeuplement de leur pays depuis la fin de la guerre. Il n'y a que des gosses. Je ne me trompe sûrement pas de beaucoup en avançant que la moitié de la population cambodgienne doit avoir moins de quinze ans. Bon, peut-être pas quinze, mais vingt sans problème.







Puis, comme promis, vient la route de terre. C'est là que j'avise un escalier s'élevant au-dessus de ce qui doit être la seule bute à des centaines de kilomètres à la ronde. Et qu'est-ce qu'on y fait, quand on a la chance d'avoir un sursaut du relief? On y érige un temple, bien entendu. Je gravis donc les marches pour arriver au pied de plusieurs temples, mais surtout à un point de vue absolument magnifique sur le Mékong. Terrible! Jusqu'ici, mes changements de plan me comblent, c'est parfait.







Cette partie de la route sur chemin de terre est encore plus pittoresque. Ce n'est pas toujours évident de pédaler à un bon rythme entre tous les cahots et dans la poussière soulevée par les rares véhicules qui passent mais le plaisir est là. Pratiquement aucun trafic, une jolie nature et un bon sentiment d'aventure.





Puis, exactement où le monsieur me l'avait annoncé, vient le passage du Mékong en ferry.



Et me voilà de retour sur cette fameuse rive est sur laquelle j'avais tenté de m'aventurer en début de journée. Cette fois, il y a bien une route, toujours en terre soit, mais bien praticable. Pour le coup, je m'affuble de mon attirail de pirate du désert en guise de protection contre le soleil impitoyable et la poussière. En effet, inutile de compter sur l'écran solaire, il fait bien trop chaud et la transpiration le fait ressortir complètement, me laissant sans protection contre les rayons brûlants. Je l'ai appris lors de mon odyssée sur la nationale infernale en chopant des cloques sur les bras et les lèvres. Assez douloureux. Le soleil d'ici ne fait pas de cadeau. Pas d'autre solution que de me couvrir complètement si je ne veux pas ressembler à un poulet rôti.


Après 110 km, j'arrive à destination dans le village de Chhloung où je me trouve une petite guesthouse bien sympathique pour récupérer de ma journée qui est de loin la meilleure que j'ai passée depuis mon entrée au Cambodge. Tout ce que j'aime. Génial! Il a fait très chaud et j'ai dû boire 6 litres dont un de Coca (ils ont vraiment réussi à s'implanter partout, ceux-là, et dans mon cas, j'en suis bien heureux) mais c'est un excellent début qui ne peut que me confirmer que j'ai bien fait de changer de plans. J'espère que la suite de la route sera tout aussi agréable jusqu'au Laos et au-delà de la frontière.